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— Au diable toutes ces saloperies, hurla-t-il, et fichons le camp. Bon, grogna le journaliste, voil`a Valentine.
C’'etait en effet Mme Olivet qui entrait.
— Mon Dieu, que faites-vous ? s’'ecria-t-elle, stup'efaite.
Le journaliste 'etait si furieux `a ce moment-l`a, si furieux soudain que s’il n’avait 'ecout'e que ses instincts, il aurait 'ecart'e de son chemin Mme Olivet, en la bousculant sans la moindre vergogne. Mais Fandor 'etait un homme du monde, et, de plus, il ne pouvait oublier, avec un sentiment de gratitude la cordiale et g'en'ereuse hospitalit'e qu’il avait recue chez Mme Olivet, apr`es s’^etre introduit dans son domicile d’une mani`ere si bizarre et si anormale qu’elle aurait m'erit'e une r'eception `a coups de trique ou `a coups de revolver.
Fandor prit un air d'epit'e :
— H'elas, Madame, fit-il, je suis d'esesp'er'e d’avoir si mal suivi vos conseils. Mais je me suis senti mieux, beaucoup mieux, et alors…
— Alors quoi ? interrompit Mme Olivet, d’une voix vibrante d’'emotion.
— Alors, d'eclara Fandor, j’ai r'esolu de m’en aller.
Il s’attendait `a quelque protestation, tant de la part de la femme amoureuse que de la part de la femme-m'edecin. Cette derni`ere disparaissait enti`erement pour c'eder toute la place `a la premi`ere.
Mme Olivet entra dans la pi`ece, obligeant Fandor `a y reculer avec elle, puis elle ferma les yeux, vacilla, se laissa tomber dans les bras du journaliste.
— Mon Dieu, soupira-t-elle, mon Dieu, quel effroyable coup, quelle terrible surprise.
Fandor pensait :
— Cette pauvre Valentine, ce qu’elle est lourde, que vais-je en faire ?
Le canap'e qu’il avait occup'e si longtemps 'etait disponible. Fandor y fit s’allonger l’infortun'ee Valentine. Celle-ci 'etait 'evanouie, le journaliste lui tapa dans les mains, s’agenouilla aupr`es d’elle :
— Remettez-vous, Madame, remettez-vous, Valentine, je vous en prie.
Mais, brusquement, Mme Olivet revint `a elle, prit de ses deux mains la t^ete de Fandor, l’attira pr`es de ses l`evres, et d'eposa sur le front du journaliste un tendre, un long baiser. Puis, elle murmura, toute rouge :
— Pardonnez-moi, je vous en prie, surtout, oubliez cela. Je suis d'eshonor'ee.
— Mais non, mais non, d'eclara Fandor, pas encore.
— Oh, fit Mme Olivet, ce n’est pas au sujet de ce que vous pensez que je m’estime d'eshonor'ee. Mais je vous ai menti, et d'esormais, je ne puis plus le cacher, c’est un secret qui m’'etouffe, Fandor, 'ecoutez-moi. Jamais vous n’avez eu la jambe cass'ee, jamais vous n’avez eu de fracture, et le pansement que je vous ai impos'e, l’immobilit'e `a laquelle je vous ai condamn'e, n’avaient qu’un seul but, un seul : vous garder avec moi, aupr`es de moi, longtemps, le plus longtemps possible. Voil`a ce que j’ai fait, me pardonnerez-vous ?
De grosses larmes coulaient le long des joues de Mme Olivet. Fandor, 'emu par l’amour na"if et sinc`ere de cette femme au coeur tendre, r'epondit doucement.
— Vous avez eu tort. Madame, de jouer ce jeu-l`a avec moi, car l’inaction `a laquelle vous m’avez condamn'e sera peut-^etre cause de malheurs irr'eparables. Sachez que je ne m’appartiens pas et que si mon coeur est pris ailleurs, j’ai, d’autre part mon devoir `a remplir, et que ce devoir est d’^etre perp'etuellement sur les traces de l’insaisissable Fant^omas. Je suis oblig'e de partir et je pars, mais, si je vous pardonne bien volontiers, Madame, `a mon tour, je vous demande pardon d’avoir si longtemps abus'e de votre hospitalit'e, pardon aussi d’avoir encourag'e, par mon attitude, vos sentiments, d’avoir 'et'e, si j’ose dire, coquet avec vous, coquet comme une femme.
Lentement, Fandor porta `a ses l`evres la main tremblante de Mme Olivet, il y d'eposa un respectueux baiser. Puis, pour interrompre cette sc`ene p'enible, Fandor brusquement tourna les talons, sortit. D’une voix pleine d’angoisse, Mme Olivet lui cria :
— Vous reviendrez me voir, dites ? Promettez-moi que vous ne m’abandonnerez pas ainsi.
Fandor ne r'epondit pas, il 'etait loin.
15 – UN VOYAGE QUI FINIT MAL
Fandor 'etait chez lui, 'echapp'e `a l’amour malencontreux de Mme Olivet. Le journaliste, heureux de retrouver la libert'e de ses mouvements dont il avait 'et'e priv'e bien malgr'e lui, s’'etait h^at'e de rentrer `a son domicile particulier o`u sa concierge, effar'ee de l’apercevoir, se r'epandait en exclamations :
— Comment, vous voil`a ? Et, au moins, je pense que vous allez rester ici maintenant ? J’ai des piles de lettres pour vous. Vous ne repartez pas ?
Fandor avait 'eclat'e de rire :
— Exquise et d'elicieuse Madame, s’'etait-il born'e `a r'epondre, dans exactement quarante-deux minutes, vingt-cinq secondes et trois cinqui`emes, j’esp`ere avoir `a nouveau quitt'e mon domicile et m’^etre rendu `a la gare. Cela dit, donnez-moi mes lettres, et `a tout `a l’heure.
Fandor, les bras charg'es de prospectus, de journaux, de lettres, qu’une ironique mention indiquait comme « urgentes », 'etait mont'e `a son appartement et s’'etait tranquillement install'e assis en tailleur sur le plancher pour lire son volumineux courrier.
— Les lettres urgentes, avait commenc'e par d'eclarer Fandor, ont ceci de bon qu’elles n’ont plus aucun int'er^et pour moi. Puisqu’elles 'etaient urgentes, c’est qu’il fallait les lire dans les deux ou trois heures de leur arriv'ee `a mon domicile, or, elles me parviennent avec quinze jours de retard, donc, laissons-les de c^ot'e.
Les lettres urgentes repouss'ees, Fandor avait encore 'ecart'e les prospectus et les journaux, dont il se souciait peu. Deux ou trois lettres d’amis l’avaient m'ediocrement attir'e d’autre part, et il avait encore 'evit'e de lire ces 'ecritures famili`eres.