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Notre devoir `a nous et `a nos contemporains n’est pas de r'ep'eter vaguement des choses qui ont 'et'e si bien dites des si`ecles avant nous, mais de t^acher de pr'eciser les principes de la vraie religion, qui doit remplacer les affreuses superstitions de l’Eglise, que fait semblant de professer a pr'esent l’humanit'e chr'etienne.
L homme, comme ^etre raisonnable, n’a jamais vecu sans 'etablir un rapport spirituel entre son existence et l’Infini que nous appelions Dieu. Ce rapport, qui n’est autre que la religion, a toujours 'et'e la force dirigeante de toutes les actions conscientes de l’homme, et a toujours evolu'e conformement au d'eveloppement de l’humanit'e.
La vraie doctrine chr'etienne a l’'epoque o`u elle a paru, 'etant beaucoup audessus de la facult'e de conception des masses, ne fut accept'ee dans son vrai sens que par une toute petite minorit'e. La grande masse, habitu'ee `a une adoration religieuse du pouvoir temporel, ne pouvant comprendre cette doctrine dans son v'eritable sens, accepta avec facilit'e la doctrine quasi-chr'etienne falsifi'ee par l’Eglise qui n’exigeait qu’une adoration ext'erieure de Dieu, des saints, des images et en partie de personnages rev^etus de qualit'es surnaturelles.
Cela dura des si`ecles, mais avec les progr`es des lumi`eres en g'en'eral le v'eritable esprit chr'etien, cach'e sous les voiles dont l’avait recouvert l’'eglise, se fit jour de plus en plus: la contradiction de la vraie doctrine chr'etienne et du r'egime autoritaire de l’'etat, soutenu par la violence devint de plus en plus 'evidente. Malgr'e tous les efforts de l’Etat et de l’Eglise de r'eunir les deux principes: celui du vrai christianisme (amour, humilit'e, cl'emence) et celui de l’'etat (voie de fait, force physique, violence), la contradiction devint de notre temps tellement 'evidente qu’une solution telle quelle de cette flagrante contradiction ne peut plus ^etre retard'ee.
Plusieurs symptomes le prouvent: 1) le mouvement religieux que se produit non seulement en France, mais dans tous les pays chr'etiens; 2) la revolution en Russie, et 3) les progr`es extraordinaires militaires et industriels, qui se manifestent de plus en plus dans ces derniers temps en Chine, et surtout au Japon.
Le mouvement religieux que se produit `a pr'esent non seulement dans le monde catholique, mais dans le monde entier, n’est selon moi pas autre chose que les douleurs d’enfantement du dilemme: la religion chr'etienne avec ses exigenses de soummission `a Dieu, d’amour du prochain, d’humilit'e et l’'etat, avec les conditions indispensables de son existence: soummission au gouvernement, patriotisme, loi du talion et surtout l’arm'ee avec son service obligatoire.
Il me parait qu’en France il y a tendance `a r'esoudre le dilemme en faveur de l’Etat contre la religion, non seulement contre le catholicisme, mais contre la religion en g'en'eral qui est envisag'ee par la majorit'e des classes dirigeantes comme un 'el'ement du pass'e inutile et plut^ot pernicieux que bienfaisant pour le bien^etre des hommes de notre 'epoque.
Le m^eme dilemme est la cause principale de la r'evolution en Russie. Tout ce qui se fait `a pr'esent en Russie par les r'evolutionnaires est une activit'e inconsciente ayant pour but la solution du dilemme en faveur de la religion, c’[est]`a d[ire] de L'abolition de l’'etat, de tout pouvoir fond'e sur la force et d’une organisation sociale, bas'ee sur les principes religieux et moraux communs `a tous les hommes.
Le troisi`eme symptome de l’imminence de la solution du dilemme: l’'etat o`u la religion, m’aparait dans les progr`es extraordinaires tant militaires qu’industriels qu’ont fait et continuent de faire dans ces derniers temps les peuples de l’extr^eme orient, qui non seulement sont libres de la contradiction int'erieure des 'etats chr'etiens, mais qui professent la religion la plus patriotique du culte des anc^etres et du pouvoir de leur chef de l’'etat qu’ils d'eifient.
Les progr`es de ces peuples sont tels que, s’ils continuent `a se produire dans les m^emes proportions, dans quelques dizaines d’ann'ees, ce ne seront plus les 'etats Europ'eens qui dicteront la loi aux Orientaux, mais ce sera les orientaux qui seront les ma^itres du monde et les chr'etiens leur vassaux. Et cela ne peut pas ^etre autrement par l’accord complet de leur religion et de leur organisation comme 'etat.
Les peuples de l’Europe commencent `a s’apercevoir de ce danger. C’est pr'ecis'ement cette attitude m'enacante des peuples de l’orient qui constitue la troisi`eme raison pour laquelle la solution du dilemme entre la religion et l’'etat ne peut plus ^etre r'etard'ee.
L’un des deux: ou bien renier compl`etement le vrai sens de la religion chr'etienne, d'etruire les derniers vestiges des id'ees d’amour du prochain, d’humilit'e, de fraternit'e, comme le font d'ej`a des hommes du monde Europ'een, et opposer un patriotisme f'eroce et une ob'eissance servile au patriotisme et `a l’ob'eissance passive des orientaux, ou bien accepter pour tout de bon les vrais principes chr'etiens d’amour du prochain, d’humilit'e, de nonr'esistance au m'echant, `a la violence et se fier non `a la force physique, mais `a la volont'e de Dieu, pleinement convaincus que le plus grand bien de l’homme et de l’humanit'e ne s’accquerit que par la soumission `a la loi 'eternelle, revel'ee en notre conscience, qoique les voies par lesquelles ce bien nous peut ^etre acquis nous soyent cach'ees et incompr'ehensibles.
Il est inutile de v[ou]s dire de quel c^ot'e sont mes sympathies et aspirations.
Voil`a les id'ees qui me sont venues `a la lecture de votre livre.
Excusez moi, je vous prie, cher ami, pour la rudesse de mes expressions, ainsi que pour mon mauvais francais, que vous aurez l’indulgence de t^acher de comprendre.
Votre ami
L'eon Tolstoy,
7/20 Novembre 1906.
Дорогой господин Сабатье,
Я только что получил ваше письмо, а также книгу и две брошюры. Оказывается, то лицо, которое должно было передать письмо и книги г-ну Бирюкову, задержало их у себя более месяца, и я получил их лишь теперь.1 В этом причина, почему запоздал мой ответ.