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Le journaliste, toutefois, n’'etait pas d’une pruderie exag'er'ee et s’amusait volontiers `a flirter avec l’excellente femme pendant les longues heures qu’ils passaient en t^ete `a t^ete. Elle aimait sinc`erement, Mme Olivet, et n’'etait pas exigeante. Il suffisait que Fandor lui prenne la main dans la sienne et la garde pendant vingt minutes pour qu’elle estim^at avoir v'ecu une heureuse journ'ee.
— Je pourrais, pensait Fandor, lui faire ce plaisir-l`a tous les jours, sans trahir ma foi.
Mais Mme Olivet, peu `a peu, menacait de se montrer plus exigeante et Fandor 'etait d’autant plus g^en'e qu’il se rendait compte que la moindre privaut'e constituait une double trahison pour H'el`ene et pour M. Olivet, pour cet excellent mari qui remplissait dans la maison les fonctions qui incombent, d’ordinaire, `a toute femme soucieuse de la bonne organisation de son int'erieur.
C’'etait M. Olivet qui allait au march'e, c’'etait lui qui traitait avec les fournisseurs, comptait le linge avec la blanchisseuse. Mme Olivet, docteur en m'edecine, avait sa client`ele, ses visites, ses malades, mais depuis que Fandor se trouvait chez elle, elle n'egligeait un peu tout ce monde pour ne s’occuper que de lui.
Voil`a pourquoi Fandor, qui en avait, au bout de quinze jours, par-dessus la t^ete des assiduit'es de Mme Olivet, en 'etait arriv'e `a douter de la gravit'e de son 'etat. Madame lui interdisait toujours de poser le pied par terre, sous peine des plus graves complications. Or, depuis quatre jours d'ej`a, Fandor, progressivement, s’assurait de la vigueur et de la souplesse de sa jambe et s’apercevait que celle-ci se comportait merveilleusement.
Pourquoi donc Mme Olivet voulait-elle ainsi le retenir chez elle ?
Parbleu, la chose 'etait simple `a comprendre, du moment qu’elle 'etait amoureuse. Fandor, non seulement par crainte des assauts redoutables qu’il avait `a subir, d'esirait s’en aller au plus vite, mais encore il 'etait inquiet, pr'eoccup'e. Qu’'etait-il advenu de Juve, de Fant^omas, et surtout d’H'el`ene ?
Le journaliste n’en savait rien. `A plusieurs reprises, il avait demand'e `a Mme Olivet de lui faire venir son courrier, Mme Olivet avait r'epondu que la commission 'etait faite, et qu’il n’y avait pour Fandor, `a son domicile, ni lettres ni t'el'egrammes.
— C’est invraisemblable, pensait le journaliste, quelqu’un capte mon courrier, et il n’en avait que plus envie de partir.
Fandor, ce jour-l`a, apr`es sa derni`ere exp'erience, qu’il consid'erait comme concluante, et convaincu que sa gu'erison 'etait d'esormais chose faite, s’'etait d'ecid'e `a quitter Mme Olivet, `a renoncer `a l’hospitalit'e qu’elle lui avait offerte, voire m^eme impos'ee.
— Ce soir, songeait Fandor, au plus tard demain, je quitterai cette maison.
Le journaliste, toujours seul, avait machinalement d'epli'e un journal et, d’un oeil distrait, en parcourait les colonnes, lorsqu’un petit entrefilet perdu dans les faits-divers attira son attention.
Il 'etait dit en substance, dans cet article, que l’inspecteur de la S^uret'e Juve avait, depuis quarante-huit heures, 'eclairci le myst`ere qui pr'eoccupait les paisibles populations du d'epartement des Landes.
Juve avait identifi'e, dans une maison isol'ee du voisinage de Beylonque, les restes d’une femme et reconnu qu’ils appartenaient `a une pierreuse de Paris connue, croyait-on, sous le nom de Fleur-de-Rogue.
C’'etait la premi`ere fois que Fandor, depuis quinze jours, d'ecouvrait dans les journaux quelque chose se rattachant aux intrigues auxquelles il songeait.
Apr`es avoir lu ces lignes, Fandor tressaillit. N’avait-il pas appris, quelques jours avant sa chute intempestive dans la demeure de Mme Olivet, que Fleur-de-Rogue avait subitement quitt'e Paris en compagnie d’H'el`ene, qui emmenait avec elle, disait-on, le fils de Didier Granjeard et de Blanche, pour le mettre `a l’abri ? Or, voici qu’on apprenait que Fleur-de-Rogue 'etait morte, morte peut-^etre assassin'ee. Qu’'etait-il advenu, dans tout cela, d’H'el`ene ? Fandor, cette fois, n’h'esita plus.
— C’est fou, c’est l^ache, grommela-t-il, de m’^etre ainsi laiss'e aller `a cette inaction. Je ne suis pas plus malade que le Pont-Neuf, ma jambe est plus solide que l’Arc de Triomphe. Ne restons pas ici une minute de plus. J’ai d'ej`a perdu trop de temps. Il se passe s^urement quelque chose d’extraordinaire, comment se fait-il que je n’aie pas de nouvelles de Juve ? Ah, co^ute que co^ute, avant ce soir je serai fix'e.
Ne prenant plus la peine d’'eviter de faire du bruit, de dissimuler ses agissements, Fandor, d'esormais, avec une activit'e f'ebrile, faisait en h^ate une toilette sommaire, puis arracha le pansement de ouate et de pl^atre qui lui comprimait la jambe.